Les 400 coups
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Avec son premier long métrage, François Truffaut s’imposait comme le chef de file de La Nouvelle Vague.

Scorsese sur Truffaut

Les déboires d’Antoine Doinel, enfant mal aimé de sa mère volage et cancre incompris de son maître tyrannique, dans la France de la fin des années 50... Intercalé entre Le Beau Serge (officiellement, le premier long métrage estampillé Nouvelle Vague) et À bout de souffleLes Quatre Cents Coups marque l’entrée en cinéma triomphante de François Truffaut, déjà remarqué pour ses courts métrages -Les Mistons et Une histoire d’eau coréalisé avec Godard. Dans ce film largement autobiographique (l’interrogatoire subi par le jeune héros en maison de correction correspond peu ou prou à son enfance), Truffaut met en pratique ce qu’il professe dans Les Cahiers du Cinéma où, en tant que critique à la plume rageuse, il fustige les films de l’époque, trop déconnectés du réel et visuellement académiques à ses yeux. Les Quatre Cents Coups est à la fois l’héritier du néo-réalisme italien et le reflet d’une société française en pleine mutation. Truffaut y filme le crépuscule des petits maîtres autoritaires, méchamment croqués, l’émancipation de la femme (non sans ambiguïté s’agissant du personnage manipulateur de la mère, prête à sacrifier son fils pour son plaisir), la brutalité et la vue courte des hommes. À l’instar des gamins de Zéro de conduite de Jean Vigo, Antoine et son copain René bousculent l’ordre établi et piétinent un monde finissant.

La rue au pouvoir
Autre ses qualités scénaristiques, Les Quatre Cents Coups est remarquable pour son caractère documentaire. Fidèle à ses principes, Truffaut sort des studios, va dans la rue, filme les petites gens, les échoppes, les immeubles insalubres. Ce souci de réalisme, de vérité même, culmine dans la séquence du théâtre de Guignol où atterrissent Antoine et René. Truffaut filme les visages rieurs, béats, inquiets d’enfants captés dans leur plus pure innocence. Cette séquence admirable, parfaitement inutile au récit, donne au film cette spontanéité, cet élan vital qui manquaient au cinéma français de l’époque et que les jeunes Turcs de la Nouvelle Vague prétendaient imposer –les choses ne sont pas si schématiques, on le sait aujourd’hui. Dans le rôle d’Antoine Doinel, Jean-Pierre Léaud, quatorze ans, est fabuleux au point d’avoir transfiguré le personnage imaginé par Truffaut. Si Léaud a été fait par Truffaut, Doinel, c’est bien lui.  

Les Quatre Cents Coups, actuellement sur Netflix

Critique de La Peau Douce